Cannabis pendant les règles et le PMS : dysménorrhée et endométriose

Les douleurs menstruelles, le PMS et l’endométriose font partie des raisons les plus fréquentes pour lesquelles les femmes utilisent le cannabis à des fins médicales — et cela bien avant la légalisation. Les bases biologiques sont bien comprises : le système endocannabinoïde est profondément intégré à la fonction de l’utérus, des ovaires et à l’équilibre hormonal. Ce que montre la recherche, là où le cannabis peut aider et où la prudence est de mise.

ECS dans le système reproductif : CB1 et CB2 sur l’utérus et les ovaires

Le système endocannabinoïde est anatomiquement étroitement lié au système reproductif :

  • CB1 sur la musculature utérine : La musculature lisse de l’utérus exprime des récepteurs CB1. L’activation de CB1 inhibe les contractions du myomètre — point d’ancrage direct pour un effet antispasmodique dans la dysménorrhée. La libération endogène d’anandamide atténue physiologiquement les contractions utérines excessives
  • CB2 sur le tissu endométrial : Le CB2 est exprimé dans l’endomètre (muqueuse utérine) et sur les cellules immunitaires infiltrant l’utérus. L’activation de CB2 atténue les cytokines pro-inflammatoires dans l’endomètre — pertinent pour l’endométriose, qui est fondamentalement une maladie inflammatoire
  • FAAH dans le système reproductif : L’enzyme FAAH, dégradant l’anandamide, est exprimée dans l’utérus, les ovaires et les trompes de Fallope. Les niveaux locaux d’anandamide régulent l’implantation, l’ovulation et le tonus utérin. Le CBD inhibe FAAH de manière systémique — augmentation des niveaux d’anandamide dans les tissus reproductifs
  • Interactions hormonales : L’œstrogène régule la densité des récepteurs CB1 — juste avant la menstruation (pic d’œstrogène élevé), la densité CB1 est accrue. Cela pourrait expliquer pourquoi le cannabis agit plus intensément prémenstruellement. Le THC interagit également avec la régulation des pulsations de LH via l’hypothalamus — pertinent pour la régularité du cycle en cas de consommation régulière

Dysménorrhée primaire : le cannabis contre les douleurs menstruelles

Dysménorrhée primaire (douleur menstruelle sans cause structurelle) touche jusqu’à 80 % de toutes les femmes en âge de procréer :

  • Pathophysiologie : Chute du progestérone avant la menstruation → libération de l’acide arachidonique à partir des membranes de l’endomètre → synthèse de prostaglandine E2 et prostaglandine F2α par la COX-2. Excès de prostaglandines → contraction accrue de l’utérus, vasoconstriction, ischémie = douleur
  • Cannabis et inhibition des prostaglandines : Le CBD inhibe la COX-2 (cyclooxygénase-2) — l’enzyme clé de la synthèse des prostaglandines. Mécanisme similaire à l’ibuprofène et d’autres AINS, mais via un site de liaison différent. Le THC, via les récepteurs CB1 sur le muscle utérin, réduit directement l’intensité des contractions
  • Spasmolyse médiée par les CB1 : L’activation des CB1 dans le myomètre inhibe l’entrée de calcium dans les cellules musculaires lisses → moins de contractions. Ce mécanisme explique l’effet spasmolytique décrit par de nombreuses femmes
  • Preuves cliniques : Aucune étude RCT spécifique sur le cannabis dans la dysménorrhée primaire. Des études observationnelles et des enquêtes (par exemple Bouaziz et al. 2017) montrent un taux d’utilisation élevé pour les douleurs menstruelles et une évaluation majoritairement positive de l’efficacité. Des études contrôlées par placebo manquent encore
  • Application : Huile de CBD sous la langue ou vaporisateur avec un rapport THC/CBD à faible dose. Un début 1 à 2 jours avant le début attendu des règles est utile en prévention

Endométriose : déficit en anandamide comme mécanisme pathologique

L’endométriose touche 10 % de toutes les femmes — et le système ECS joue un rôle central dans la physiopathologie :

  • Déficit en anandamide chez l’endométriose : Sanchez et al. 2016 (Human Reproduction) : les femmes atteintes d’endométriose présentaient des taux significativement plus bas d’anandamide dans le liquide péritonéal par rapport aux femmes saines. L’activité de la FAAH dans les lésions endométriales est accrue — un métabolisme excessif de l’anandamide pourrait être un mécanisme pathogène possible
  • CB2 et modulation immunitaire : L’endométriose est une maladie inflammatoire chronique — les macrophages péritonéaux, les cellules NK et les mastocytes jouent un rôle central dans la persistance des lésions et l’apparition de la douleur. L’activation du CB2 par des cannabinoïdes atténue cette activité cellulaire immunitaire. Une diminution des IL-6, IL-8, MCP-1 dans les cellules endométriales a été observée
  • Neurogenèse dans les lésions : Les lésions d’endométriose forment leurs propres fibres nerveuses (neurogenèse) — ce qui explique la qualité de douleur profonde et brûlante. CB1 sur les fibres sensorielles C et Aδ : les cannabinoïdes réduisent la sensibilisation des nocepteurs périphériques dans les lésions
  • Polymorphisme CB1 et risque d’endométriose : Des études montrent une association entre certaines variantes du gène CNR1 et un risque accru d’endométriose — ce qui suggère un rôle prédisposant de la dysfonction de la ECS (Matalliotakis et al. 2008)
  • Preuves cliniques : Des études d’enquête (Armour et al. 2019 : n=484 en Australie) montrent le cannabis comme le remède végétal le plus utilisé en auto-médication chez les personnes souffrant d’endométriose — douleur, sommeil et nausées comme principales indications. Aucune étude contrôlée d’intervention n’a encore été réalisée

PMS et PMDS : anxiété, humeur et la ECS

Syndrome prémenstruel (PMS) et trouble dysphorique prémenstruel (PMDS) ont une base neurohormonale liée à la ECS :

  • Allopregnanolone et GABA : Pendant la phase lutéale, le progestérone augmente → dégradation en allopregnanolone → modulation des récepteurs GABA-A. Chez le PMDS, le cerveau réagit de manière paradoxale à l’allopregnanolone (effet anxiogène au lieu d’anxiolytique). La ECS module via les CB1 les mêmes circuits GABAergiques dans l’amygdale
  • CBD pour l’anxiété du PMS : Le CBD agit comme anxiolytique via la potentiatisation des récepteurs 5-HT1A et GABA-A — ciblage pharmaco-logique spécifique des symptômes anxieux du PMS. Aucune étude spécifique sur le PMS, mais une forte preuve de l’efficacité du CBD sur l’anxiété en général
  • THC et régulation de l’humeur : Un THC à faible dose peut réduire l’irritabilité et les dysphories prémenstruelles. Attention : des doses élevées de THC peuvent amplifier l’anxiété et la paranoïa — contre-productif dans le PMDS. La posologie est cruciale
  • Sommeil en phase lutéale : Les troubles du sommeil liés au PMS (fréquemment une perturbation du sommeil en phase REM) peuvent être améliorés par des préparations à base de CBD/THC à faible dose — promotion du sommeil profond par l’activation des récepteurs CB1

Risques et particularités pour les femmes

  • THC et régulation du cycle : La consommation régulière de THC peut inhiber les impulsions de LH (hormone lutéinisante) via l’hypothalamus → irrégularités du cycle, dans de rares cas une anovulation en cas de consommation très élevée. Plus pertinent en cas de consommation quotidienne qu’en application basée sur le cycle
  • Grossesse — contre-indication absolue : La consommation de cannabis pendant la grossesse est associée à un poids de naissance plus faible, à une naissance prématurée et à des risques pour le développement neurobiologique. Aucun cannabis en cas de grossesse existante ou planifiée — sans exception
  • Œstrogènes et développement de la tolérance : L’œstrogène augmente la densité des récepteurs CB1 — les femmes pourraient développer plus rapidement une tolérance aux effets du THC que les hommes. Des jours sans consommation pendant la phase folliculaire (taux d’œstrogènes plus bas) pourraient ralentir la tolérance
  • Contraception hormonale : Aucune interaction connue entre le CBD/cannabis et les contraceptifs oraux combinés (COC) via le CYP3A4 en quantité cliniquement pertinente — mais des interactions CYP théoriques sont possibles avec des doses très élevées de CBD
  • Assurance maladie et endométriose : L’endométriose avec des douleurs résistantes au traitement peut servir de base pour une ordonnance de cannabis. Impliquer une gynécologue ou un médecin de la douleur — demande accompagnée d’une documentation des tentatives précédentes avec AINS/thérapie hormonale

Comment le cannabis module les douleurs neuropathiques et chroniques : Cannabis pour les douleurs chroniques. Modulation immunitaire par le récepteur CB2 dans les maladies auto-immunes et inflammatoires : Cannabis et système immunitaire. Le cannabis pour l’anxiété et les symptômes du syndrome prémenstruel : Cannabis pour l’anxiété.

Le cannabis pendant la grossesse et l’allaitement — contre-indication absolue et risques de développement : Cannabis pendant la grossesse.

Le cannabis et la sexualité — libido, dyspareunie et orgasme : Cannabis et sexualité.

Questions fréquentes sur le cannabis en cas de PMS et de menstruation